Vacances au centre commercial
Farniente au soleil, road trip aux Etats-Unis ou safari au Kenya, pour les vacances, les destinations de rêves ne manquent pas. Et c'est souvent à celui qui ira le plus loin ou qui ira dans la destination la plus originale que revient la palme du "vacancier le plus chanceux". Mais tout le monde n'a pas les moyens de flamber et parfois, ce n'est pas le lieu qui crée les bonnes vacances. Deux Marseillais le prouvent.
Guylaine Idoux, journaliste et Stephan Muntaner, artiste, sont partis à une quinzaine de kilomètres de leur domicile... dans la plus grande zone commerciale de France : Plan-de-campagne. Pour ceux qui ne connaissent pas, le contexte n'est pas très difficile à imaginer : près de l'autoroute, sur une surface immense (ici 200 hectares), on peut apercevoir des magasins entassés les uns sur les autres, des embouteillages dans les parkings, un gigantesque complexe cinématographique et une multitude de restaurants à l'américaine. Bref, pour beaucoup d'entre nous, l'horreur! Et pourtant...
La population locale : les clients !
L'idée leur est venue quand leurs amis ont commencé à leur poser la question rituelle du mois de juin: " tu fais quoi toi pour les vacances ? Tu pars ? Et où ? ". Généralement, une fois la destination annoncée, la première réponse ressemble souvent à "Waouh, tu as de la chance !". Les deux baroudeurs ont ainsi décidé de prendre la notion d'exotisme à contresens et de passer une semaine de vacances à Plan de Campagne, mais dans l'esprit d'un touriste qui se retrouve à 10.000 kilomètres de chez lui. Guylaine Idoux et Stephan Muntaner ont abordé les "autochtones" - clients, vendeurs, habitants - "comme on regarde un moine tibétain dans un temple de Lhassa", avec une "certaine tendresse" et "en s'intéressant à leurs coutumes sans les condamner".
Le résultat est drôle et prend la forme d'un carnet de voyage qui sera exposé jusqu'au 27 Septembre à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Marseille. Une photo de "Raymond", un retraité qui pose avec ses courges dans son jardin, "Monsieur Henry et sa fille", un agriculteur qui a quarante-cinq moutons, pour apprendre ou rappeler aux visiteurs qu'avant d'être une zone commerciale qui se bat pour rester ouverte le dimanche, Plan de Campagne était un vallon agricole. D'autres clichés montrent la zone le soir et le lundi, qui désertée par les acheteurs potentiels, reprend toutes sa dimension fonctionnelle et géométrique avec ses rues parallèles et perpendiculaires à l'américaine.